OPÉRATION PRÉVENTIVE DE FOUILLE

D'ÉVALUATION ARCHÉOLOGIQUE N°97/038

Par Christian HOMBERT-BRUYÈRE

 

Remerciements : Ils vont plus particulièrement à Séverine Charret pour sa participation active à l'étude du mobilier céramique, à Sabrina Plucain pour sa contribution à certains dessins, à Jacques, Joseph, ... et à tous ceux qui ont bénévolement participé à cette fouille.

 

SOMMAIRE

Le site

les superstructures concernées

La méthodologie

La description des tranchées

La tranchée T1

Arbre stratigraphique de la tranchée T1

Le mobilier de la tranchée T1

La tranchée T2

Arbre stratigraphique de la tranchée T2

Le mobilier de la tranchée T2

La tranchée T3

Arbre stratigraphique de la tranchée T3

Le mobilier de la tranchée T3

Hypothèses d'occupation

Les orientations de recherche

 

INTRODUCTION

L'opération préventive de fouille d'évaluation archéologique menée au château de Rochebaron s'inscrit dans le programme H17 : "Naissance, évolution et fonctions du château médiéval".

De futurs travaux de reconstruction partielle de la deuxième enceinte et l'aménagement envisagé de la terrasse de "Saint Julien" en espace scénique d'extérieur ont nécessité qu'une évaluation archéologique soit d'abord réalisée.

 

A. LE SITE

Avec une pente moyenne d'environ 60%, l'aire étudiée est délimitée au Sud et à l'Ouest par la première enceinte, au Nord par la deuxième enceinte et à l'Est par un imposant éperon rocheux s'avançant en proue en direction de la vallée de la Loire. Celui-ci soutenait d'ailleurs une guette dont la base subsistait encore au début du siècle.

Le quart occidental de cette terrasse a été occupé jusqu'à la première moitié de ce siècle par des bâtiments d'habitation comme l'attestent des cartes postales contemporaines. Un muret bas de pierres sèches grossièrement appareillées, délimite une étroite bande horizontale au dos de la première enceinte, sur toute la façade sud.
En réalité, cette grande surface disponible, orientée plein Sud et à l'abri des vents dominants, était constituée de deux parcelles de terre potagère; la plus grande très pentue et l'autre légèrement en contrebas du muret dans un plan parfaitement horizontal.

B. LES SUPERSTRUCTURES CONCERNEES

La disparition des deux tiers de la seconde enceinte a dû se produire concomitam- ment à celle de la plupart des maisons édifiées dans cette partie du château. L'abattage des murs, comme dans de nombreux sites de ce type, a procuré des matériaux bon marché pour la construction des maisons du village de Saint Julien, situé au pied du château, ou celles des environs.

Une première remarque s'impose quant à la partie épargnée de la deuxième enceinte. En effet une carte postale du début du siècle donne une vue partielle de l'enceinte avec un double appareillage : celui de la partie actuellement conservée et un autre aujourd'hui disparu.

La partie disparue, composée d'assises régulières, comportait des pierres moellonnées de petit et moyen module dont le jointoiement à la chaux était fortement dégarni. On retrouve cet appareillage dans les parties anciennes du château.

L'enceinte actuellement conservée est faite de belles pierres régulières, à parement plus travaillé. Le tout évoque les maçonneries des contreforts ou les modifications tardives de l'ensemble castral.

Le plan de césure des deux types de maçonnerie est très net : l'abattage s'est fait bien verticalement à leur jonction. Seule une longue pierre, en porte-à-faux dans le vide sur la moitié de sa longueur, témoigne d'un happage sur le mur ancien.

Voir les photos

La rectitude de la fracture du mur, la longueur apparente de celui-ci (environ 28 mètres pour le premier alignement droit) et la présence d'un contrefort à la fois sur les première et troisième enceintes peuvent laisser supposer la présence d'un dispositif du même type, encastré à la jonction des maçonneries. Cependant l'examen attentif d'une carte postale de 1907 montre que les deux portions de mur sont jointives au droit de la maçonnerie actuellement conservée en élévation. En revanche une autre carte postale de 1928 montre l'abattage du mur le plus ancien.

Enfin, le muret de pierres sèches séparant les deux reliefs du site étudié ne comporte pas un appareillage soigné. Il semble appartenir à une récente occupation agricole du site. Sa fonction, s'il devait en avoir une, dans le dispositif de défense n'entre pas dans une logique de subsistance d'une quatrième enceinte. Sa présence semble plus répondre à une réelle préoccupation de soutenir les terre accumulées dans la partie supérieure du site.

C. LA METHODOLOGIE MISE EN OEUVRE

Comme conséquence des observations faites sur le site, l'évaluation archéologique a consisté en l'implantation de trois tranchées d'une largeur nominale de deux mètres, perpendiculaires à la deuxième enceinte conservée :

-la première se situe à l'Est de la partie conservée en élévation,

-la seconde se situe au niveau de l'effondrement du mur,

-la troisième, à l'Ouest, à la hauteur du mur effondré.

Cette stratégie doit permettre d'établir d'éventuels recoupements entre les découvertes pouvant être faites dans chaque tranchée et leur rapport possible avec les superstructures subsistantes.

D. LA DESCRIPTION DES TRANCHEES

L'important pendage naturel du terrain associé à l'incertitude de la profondeur du terrassement de fouille ont conduit à intervenir par paliers successifs horizontaux. Ces paliers, au nombre de huit pour chaque tranchée, ont été implantés en tenant compte de la végétation existante, en particulier de la présence d'arbrisseaux ou de souches.

D1.LA TRANCHEE N°1 (T1)

D11.Description

Cette tranchée a été réalisée dans un secteur fortement remanié caractérisé par un remblaiement généralisé.
Un remblai compact et homogène de terre brune (US 1120), mélangée à de la pierraille de petit module constitue l'essentiel du remplissage de la tranchée.

Au Nord, l'extrémité de la tranchée est délimitée par un mur tardif de pierres sèches (US 1110), soutenant le chemin d'accès au château. Un éboulis de pierres moellonnées(US 1130) et de remplissage a été dégagé sous le mur tardif en livrant un très épais mur de pierres sèches d'orientation nord-sud(US 1140). Ce mur "bute" au Nord sur le rocher taillé dans un plan vertical (US 1100), sous le muret de pierres sèches. Il se développe sur environ 2,30 mètres de long et se termine sur un angle bâti (à l'axe de la tranchée). Son épaisseur n'a pu être déterminée car le mur intercepte la rive gauche de la tranchée, sur toute sa longueur.

L'angle bâti du mur repose sur le bord d'une surface pseudo-horizontale. Ce nivellement du rocher (en granit gris) est caractéristique d'une aire de circulation d'environ 2,40 mètres de large mise en évidence dans la largeur de la tranchée.

Une fontaine, grossièrement équarrie, a été creusée en rive de cette surface travaillée, juste à l'angle du mur dégagé. De petites rigoles acheminent des eaux de ruissellement en direction de cette petite fontaine. Cette configuration de fontaine tendant à récupérer les eaux de pluie se retrouve à plusieurs reprises sur le site castral.

A la suite du "cheminement" dégagé, la faiblesse d'épaisseur du remblai a rapidement livré un substratum rocheux grossier de teinte ocre, se délitant par endroits.

Par contre, à la suite d'une importante rupture de pente, il a été mis en évidence, sous un éboulis à environ 1,60 mètres de l'extrémité Sud de la tranchée, un mur en gros appareil d'environ 1,00 mètre de large. Ce mur est apparu, en rive droite, sur la profondeur d'une pierre d'assise. Il a apparemment totalement disparu dans toute la largeur de la tranchée. La présence d'un mur se confirme par la création d'un redent mal nivelé du rocher. Ce mur n'est pas hourdé en mortier de chaux.
Pour des questions de sécurité et parce que la fouille ne livrait plus de mobilier ou d'informations sur ce mur, cette dernière a été stoppée à - 1,60 mètres.

Voir les croquis (Cliquez sur Précédent pour revenir au texte)

D12.Le mobilier découvert

d121.les matériaux de construction

Des fragments de tuile canal ont été principalement livrés par l'extrémité nord de la tranchée, au droit du gros mur découvert. Leur examen n'a donné aucune information particulière quant à leur provenance ou à leur datation. Par contre, il importe de signaler la mise à jour d'un fragment de tuile creuse à paneton à l'extrémité Nord de la tranchée.

La principale découverte est celle d'un bloc de granit gris bien taillé. Ce parallélépipède à base trapézoïdale a les dimensions suivantes :

-grande longueur : 0,95 m

-petite longueur : 0,40 m

-largeur : 0,50 m

-épaisseur : 0,27 m

Ce bloc appartenait au couronnement d'un contrefort situé en contre-haut du site et partiellement démoli. Cette hypothèse se vérifie à l'examen d'un autre contrefort existant à proximité du précédent où l'on retrouve exactement le même type de pierre de couronnement au-dessus du mâchicoulis. La forme trapézoïdale s'explique par le fait qu'il s'agit d'une pièce d'angle droit.

d122.la céramique

Curieusement la pièce maîtresse découverte à l'extrémité nord de la tranchée, dans la partie supérieure du remblaiement, est un fragment de col d'amphore vinaire italique de type D1. On peut aisément supposer qu'il s'agit d'un élément rapporté dans les remaniements superficiels antérieurs. Hormis cette découverte insolite, la tranchée a livré 219 tessons dont la décomposition spatiale et quantitative est reprise dans le tableau suivant :

 

La grande majorité des pièces proviennent des extrémités de la tranchée , notamment du bas avec le cas particulier du palier P2. Au contraire certains paliers n'ont fourni qu'un faible nombre de pièces (P3, P5, P6). En outre, le matériel trouvé comprend une part importante de céramiques dont beaucoup sont issues d'une cuisson réductrice (60,7%).

D'autres présentent des traces de glaçure.

d123.le métal

La fouille n'a pas produit un important mobilier métallique (cf. tableau page 6). En effet, seuls six éléments ont été découverts. Il s'agit :

-d'un anneau de section circulaire

-d'une coupelle d'environ 25 mm de diamètre

-d'une petite clé (?) s'apparentant à un bouton

-d'un morceau de fer plat d'environ 50 x 20 mm

-d'un coin d'emmanchement

-d'un clou de ferrure

d124.le verre (cf. tableau page 6)

Trois éléments ont été trouvés et leur répartition s'apparente à celle du métal. Il s'agit de fragments inexploitables :

-un élément galbé de verre plat carré d'environ 15 mm de côté

-un élément transparent fin (fragment d'hélice)

-un petit fragment (10 x 5 mm) noirâtre

d125.les vestiges osseux (cf. tableau page 6)

La faiblesse du nombre d'éléments trouvés (quatre) ne permet pas de tirer d'information particulière.

Il convient de noter que la répartition des éléments s'apparente à celle du verre et du fer.

D2-La tranchée n°2 (T2)

D21.Description

Cette tranchée a été implantée au droit de l'effondrement du mur d'enceinte. Elle est principalement remplie par un remblai (US 2210) identique à celui de la tranchée T1.

Au Nord, la fouille a livré un aménagement du rocher (Us 2230) de forme lancéolée sur lequel vient s'appuyer un départ de mur en pierres sèches (Us 2240) d'orientation Nord-est/Sud-ouest.

La couche de construction du mur d'enceinte subsistant (Us 2220) a été mise en évidence. Celle-ci est en contact direct avec le substratum rocheux (Us 1100) et vient s'appuyer contre le mur de pierres sèches. Ce dernier semble donc antérieur à l'élévation du mur.

Il convient de noter que le rocher du fond de fouille est nivellé sur environ 2,30 mètres de long à compter de l'extrémité du "retroussement" qu'il forme (Us 2230). La largeur de la tranchée ne permet pas de savoir si le travail de nivellement a été poursuivi en rive droite, jusqu'au mur d'enceinte. Si tel était le cas, ceci donnerait un aménagement pseudo-horizontal sur environ 5 mètres de long à compter du mur d'enceinte. Nous verrons plus loin s'il peut exister une corrélation entre cette hypothèse et la présence de niches d'ancrage d'une charpente dans ce mur d'enceinte.

Le palier P6 a livré une somme d'informations qui permettront d'élaborer certaines hypothèses d'occupation du secteur. En premier lieu, la rive gauche a livré dans le prolongement du mur de pierres sèches (Us 2240) une langue de mortier de chaux jaune comportant des fragments de tuile creuse. Il pourrait s'agir du remplissage de la fondation du mur 2240. En second, l'essentiel du palier P6 est constitué par un remblai compact comportant de la pierraille de petit module (Us 2260). Celui-ci est nivelé dans le prolongement du rocher travaillé du palier supérieur. Il semble que l'on ait cherché à augmenter la surface utile de la plateforme précédemment décrite. Il se pourrait donc que le percement des ancrages de charpente dans le mur d'enceinte soit contemporain du prolongement de la plateforme.

Cette sorte de palier nivelé se trouvait sous un petit éboulis de pierraille dispersé en surface. Il comprenait un léger surcreusement (Us 2250). Une pierre de petit module, noircie, juxtaposée à un affleurement du rocher, fait penser que l'on est en présence d'un ancien foyer de surface qui aurait été remblayé avec de la céramique cassée, elle-même noircie et présente en grande quantité. Ce palier prolonge le rocher nivelé d'environ 2,40 mètres.

En rive gauche de la tranchée de fouille, il a été procédé à la réalisation d'un sondage approfondi, d'une quarantaine de centimètres de largeur, sur la hauteur du remblai 2260. Celui-ci a livré, en contact sur le rocher sur une longueur de 0,30 mètre, une fine couche d'incendie (Us 2270) d'épaisseur variant de 2 à 3 centimètres. Le dessus de cette couche comporte une lame mince de pierraille noircie et des fragments de tuiles creuses.

Curieusement cette couche d'incendie vient recouvrir un autre remblai nivelé, plus au Sud (Us 2290), compact et dur. Ce second remblai vient s'organiser à la suite du précédent au dos d'un ressaut du substratum rocheux d'environ 0,20 mètre.

Le rocher support est lui-même travaillé dans un plan pseudo-horizontal sur 1,15 mètres de long. Sur le rocher, cinq pierres de petit module (Us 2280) semblent former une sorte de petit muret dont l'alignement général s'incurve de la rive droite à la rive gauche de la tranchée. Le remblai 2260 vient buter au Sud contre le pseudo-muret 2280.

La suite de la fouille n'a livré de nouvelle structure qu'à 6,00 mètres plus en contrebas sous la forme d'un départ de mur (Us 2300). Un éboulis de pierres, superficiel (Us 2295), recouvrait ce mur; celui-ci s'appuie sur une assise de mortier de chaux (Us 2310) nivelant un large redent du rocher. Sa largeur nominale est de 0,55 mètre au premier rang (le seul subsistant). La configuration du rocher laisse supposer une épaisseur du mur voisine de 1,00 mètre attestée par la présence de mortier de chaux jaune.

Le module des pierres du mur s'apparente à celui des pierres du mur rencontré à l'extrémité Sud de la tranchée 1.

Il convient de noter qu'une épaisse couche de remblai composé de terre brune mélangée à de la petite pierraille recouvrait le mur trouvé. Cette terre semble correspondre à l'usage agricole recherché lors de la création des cultures en terrasse relevées sur des cartes postales du début du siècle. Ce matériau rapporté se prolonge d'ailleurs au delà du mur en direction du Nord.

Voir les croquis (Cliquez sur Précédent pour revenir au texte)

d22.Le mobilier découvert

d221.les matériaux de construction

L'extrémité Nord de la tranchée a livré une importante quantité de tuiles creuses cassées. Elles sont surtout localisées au-dessus de la couche de mortier jaune de construction du mur d'enceinte. Les fragments sont nombreux et principalement dispersés à gauche de la tranchée, dans le repli du rocher travaillé qui supporte le mur 2240. Un morceau de tuile plate à rebord figure parmi les éléments trouvés. La présence de ces tuiles cassées dans l'interface du rocher et du mur 2240 peut s'expliquer par le remblaiement du mur à sa base.
Les fragments de tuile sont également localisés sous le mur découvert au Sud de la tranchée; leur organisation semblant correspondre à un déversement.


d222.la céramique

La tranchée a livré 1581 tessons soit près de six fois plus que la tranchée n° 1.

Les paliers P6, P7 et P8, situés sous le mur d'enceinte subsistant, ont livré la majorité des tessons (près de 60%), suivis par les paliers P2 et P3.

Dans le premier cas les occupations successives du site peuvent expliquer cette présence de tessons en grand nombre tandis que les paliers P2 et P3 confirment le remaniement de la tranchée au droit du mur découvert.

 

A ces données par palier, il convient de rajouter celles concernant le décapage de l'ensemble de la tranchée :

 

On peut noter la forte proportion de céramiques dont une majorité issue d'une cuisson réductrice ainsi que la part importante des os (près de 10% des pièces).

 

 

d223.le métal

Contrairement à la tranchée 1 qui n'a livré que six éléments, une quinzaine d'objets métalliques ont été trouvés dans la tranchée 2. Ceci confirme la tendance applicable au mobilier céramique à savoir la "richesse" relative de cette tranchée et l'importance des paliers P2 et P3.

Les objets trouvés sont :

-un clou de charron forgé

-un clou de fer à cheval

-trois extrémités de clou

-deux fragments de section courante de clou

-un coin pour emmanchement

-une tête de clou forgé

-un clou sans tête coudé à angle droit

-une plaquette difforme

-un autre clou sans caractéristique particulière

-une boucle de ceinture

-un morceau de métal percé au centre

d224.le verre

Comme pour le métal, il est présent dans les paliers P2 et P3 mais également en P6. Outre des fragments d'aspect peu remarquable, il a été découvert une pièce décorative correspondant à la jonction entre une coupe et son pied, de forme presque ronde. Les autres tessons sont pour la plupart de petite taille et présentent des faciès variés (couleur plus ou moins blanchâtre, ...).

d225.les vestiges osseux

Quasiment inexistants au Sud de la tranchée, ils sont représentés en grand nombre au Nord de celle-ci, à savoir plus de 120 éléments dans les paliers P6, P7 et P8.

Sans entrer dans le détail d'une étude ostéologique qu'il conviendrait sans doute de réaliser, l'examen visuel des os permet de tirer les observations suivantes :

-le bas de la tranchée présente surtout de petits très éléments très disparates

-au contraire, les paliers P6 à P8 inclus comportent une majorité de gros os.

Il n'a malheureusement pas été possible de les identifier, à l'exception d'un fragment de mandibule d'équidé (P6, Hors Stratigraphie).

Enfin, il a été trouvé un os travaillé et couplé à du bois, peut-être pour former un stylet (97.T2P3.US 120.267).

D3.LA TRANCHEE N°3 (T3)

D31.Description

Implantée le plus à l'Est du site, sous l'éperon rocheux, cette tranchée pose plusieurs énigmes quant aux occupations successives de ce secteur du site.

A l'instar des deux autres tranchées, elle était également remplie du même remblai compact et homogène de terre brune altérée de petite pierraille.
Au Nord, immédiatement sous le remblai 3310 et sous environ 0,65 mètre de belle terre noire, un curieux mur de pierres sèches de petit module, bien équarries est apparu; bâti sur un rang et comportant deux pierres sur sa largeur, il repose sur le rocher et vient se plaquer contre celui qui supporte le mur d'enceinte 2200. Il s'appuie à l'Est contre l'éperon rocheux et se perd dans la rive gauche de la tranchée.

Grossièrement équarri, le substratum rocheux change de faciès à environ 3,20 mètres du muret pour se transformer en une surface quasi lisse et déversée d'Est en Ouest sur 2,50 mètres de long.

En rive droite, à l'Est, une rigole récupère les eaux de ruissellement de l'éperon rocheux et les dirige vers une importante rupture de pente du fond de fouille. Curieusement l'éboulis de pierre situé juste sous la rupture de pente semble nivelé dans un plan horizontal; d'ailleurs le module des pierres de surface (de petite taille) laisserait supposer que l'on ait cherché à créer une sorte de fond de bassin (?). Il n'existe pas ou plus de trace de muret périphérique en élévation qui puisse étayer cette hypothèse.

Voir les croquis (Cliquez sur Précédent pour revenir au texte)

De plus la présence d'un éboulis de pierre (US 3315), à environ 7,60 mètres de la deuxième enceinte (à mi-longueur de tranchée) ne trouve pas d'explication particulière. Il convient de noter que cet éboulis a été laissé en place mais qu'il ne peut provenir d'une structure perpendiculaire à l'axe principal de la tranchée. En effet, celui-ci se prolonge quasiment jusqu'à l'extrémité Sud de la tranchée. Il est plausible que cet éboulis provienne d'une structure parallèle à la tranchée et que pour des raisons techniques, actuellement non élucidées, il ait fait l'objet d'une sorte de nivellement général respectant le pendage naturel du rocher.

Une observation supplémentaire doit être faite à propos du rocher : celui-ci, dès la rupture de pente précédemment évoquée, crée une importante dépression parallèle à la rive gauche de la tranchée. L'éboulis de pierre est venu combler partiellement cette sorte de crevasse. La largeur étudiée de la tranchée ne permet pas de tirer davantage d'information.

Enfin, il convient également de souligner la présence de deux curieux petits aménagements du rocher au droit du pseudo "fond de bassin"; en rive droite de la tranchée, sous le ressaut du rocher pour le premier aménagement et à la limite de la petite surface "nivellée" pour le second, deux méplats semblent avoir été réalisés. Leurs faibles dimensions (0,20 x 0,20 mètre) pourraient faire penser à la base d'un dispositif ayant pu supporter deux poteaux en bois (?).

Pour terminer, l'extrémité Sud de la tranchée, au niveau des paliers P1 et P2 a également livré l'amorce d'un mur en gros appareil. Mal conservé, au niveau de l'arrêt de la fouille, celui-ci vient tout de même bien s'aligner avec la structure semblable découverte dans les deux précédentes tranchées.

d32.Le mobilier découvert

d321.les matériaux de construction

Hormis quelques traces (lentilles) de mortier de chaux jaune à l'état presque fragmentaire au Nord de la tranchée (en P8), la fouille n'a pas livré d'éléments originaux de construction.

d322.la céramique

Contrairement aux deux autres tranchées, la céramique est assez uniformément répandue sur la longueur de la tranchée. Ceci peut-être un indice de remaniement général tendant à uniformiser la distribution du mobilier. Cependant les deux extrémités de la tranchée renferment un nombre somme toute important de tessons avec curieusement un plus grand nombre sous la seconde enceinte (paliers 7 et 8). Il n'a cependant pas été découvert de dépotoir.

NOTA : le terme mur désigne les fouilles effectuées le long du mur bordant la tranchée

Même si dans cette tranchée les différents paliers ne présentent pas, au premier abord, de fortes disparités, il convient de noter la flagrante opposition entre les paliers les plus riches, comptant un nombre de matériaux supérieur à 100 (P2, P7 et P8) et ceux qui n'ont livré que peu de tessons (P1, P6) avec le cas particulier de P4.

En ce qui concerne la céramique, tout comme dans les autres tranchées, il faut souligner l'aspect majoritaire de la cuisson réductrice (plus de 80 % des tessons).

Enfin, à toutes ces données, on peut rajouter 13 tessons de céramique réductrice découverts lors du sondage-décapage de T3 (et donc hors stratigraphie); ce qui porte à 798 le nombre de matériaux trouvés dans cette tranchée.

d323.le métal

Les éléments métalliques sont très peu nombreux (seulement 12) et répartis sur l'ensemble de la tranchée, avec toutefois une plus grande importance de P7. L'inventaire de ces éléments a permis de répertorier :

-2 clous forgés dont un est en deux morceaux

-un rivet en cuivre (ou alliage contenant du cuivre)

-un clou forgé à tête plate

-un clou de menuisier

-un clou à ferrer

-deux segments de clou de fer à cheval

d324.le verre

Le verre n'est lui aussi présent qu'en faible quantité et a été découvert sur l'ensemble de la tranchée, à raison d'en moyenne un élément par palier. Parmi les fragments les plus remarquables, on trouve :

-divers fragments de petite taille

-un morceau de lèvre de coupe

d325.les vestiges osseux

En ce qui concerne les os, la fouille de la tranchée s'est révélée plus fructueuse avec 27 éléments. Cependant, ces derniers sont trop peu nombreux pour mériter et justifier une étude approfondie; d'autant plus que la même uniformité de répartition qui caractérise T3 n'a pas permis de mettre en valeur de dépôt d'ossements.

 

 E. LES HYPOTHESES D'OCCUPATION DE L'AIRE ETUDIEE

L'analyse des différentes séquences de remplissage des trois tranchées conduit à constater la présence de paramètres constants qui vont permettre d'étayer les hypothèses d'occupation de ce secteur de l'ensemble castral. Il s'agit de :

-l'importance du mobilier céramique (près de 2400 tessons) dont la répartition spatiale dans les tranchées est un facteur déterminant pour la compréhension des mouvements des terres;

-la qualité de la cuisson (oxydante ou réductrice) de ce mobilier céramique;

-la présence d'une infrastructure particulière: rocher nivelé correspondant à une aire de circulation notamment dans les tranchées T1 et T2;

-l'existence dans les trois tranchées d'une superstructure de pierre en moellons de gros modules, bien équarris. Celle-ci se retrouve au Sud de chaque tranchée.

E1.L'importance et la distribution de la céramique

~Pour la tranchée n°1 (T1), l'extrémité Sud a livré pour les paliers P1 et P2 près de 55 % des tessons. L'extrémité Nord (paliers P7 et P8) en a, quant à elle, livré 32 %.

~Pour la tranchée n°2 (T2), l'extrémité Sud a fourni, pour les paliers P1, P2 et P3, 27 % des éléments. En revanche, l'extrémité Nord (paliers P7 et P8) a livré 47 % des tessons auxquels s'ajoutent les 17 % du palier P6.
~Pour la tranchée T3, les paliers P1, P2 et P3 totalisent 35 % des tessons alors que les paliers P7 et P8 en fournissent 39 %. La distribution du mobilier céramique est dans cette tranchée assez régulière.

L'hypothèse d'un important mouvement des terres se vérifie au Sud de chaque tranchée, avec une nette confirmation pour les tranchées T1 et T3. Par contre, la concentration des tessons au Nord de la tranchée T2 semble indiquer un remaniement certain de ce secteur.

E2.Analyse qualitative de la céramique

La céramique présente sur le site peut se classer en deux familles principales :

-la céramique oxydante, glaçurée ou non

-la céramique réductrice

Les deux familles sont indifféremment composées de pate à texture serrée et homogène ou de pate à texture serrée et hétérogène.

Il convient de noter que la pate réductrice est majoritaire et que la fouille a livré bon nombre de tessons de pot à cuire dont la fonction est confirmée par la présence de traces de feu.

La céramique à cuisson réductrice est fortement représentée dans la tranchée T1 et se retrouve en grande quantité au Sud de la tranchée au niveau du palier P2.

La tranchée T2 a de loin livré le plus de tessons et plus particulièrement à pate réductrice (90 % des trouvailles). Elle est très représentée au Sud de la tranchée (paliers P2 et P3) mais plus encore au Nord (paliers P6, P7 et P8). La pate à cuisson oxydante est peu présente aux deux extrémités de la tranchée.

Enfin une comparaison similaire à T2 peut être faite pour T3. La pate réductrice représente presque 90 % des éléments. Que la pate soit oxydante ou réductrice, les tessons sont nombreux au Sud (P2) et dix fois plus nombreux au Nord (P7 et P8).

L'étude visuelle des tessons et la domination des éléments à pate réductrice permettent d'attribuer l'essentiel du mobilier à la période XIV-XVe siècles.

E3.Les phases d'occupation

Celles-ci sont rythmées par l'élévation et la disparition d'une structure fondamentale: le mur d'enceinte primitif.

En effet, le mur découvert à l'extrémité Sud de chaque tranchée correspond à une enceinte primitive qui a d'ailleurs conservé une petite partie en élévation qui soutient encore le chemin d'accès au château, au Nord-Ouest du site.

Ce mur d'enceinte primitif intercepte au Nord-Ouest la première enceinte actuelle dans une zone non fouillée, s'aligne parfaitement au trois segments découverts dans les tranchées et vient "s'appuyer" au Sud-Est contre l'éperon rocheux. Cette enceinte a été démolie et en grande partie arasée aux alentours du XIIIe siècle. Les tranchées T1 et T3 confirment cette hypothèse par la présence importante de céramique à cuisson réductrice.

La démolition de cette enceinte a été accompagnée par la reconstruction de l'actuelle première enceinte délimitant, au Sud, le site étudié. Cette importante modification répondait sûrement à un besoin autre que le simple agrandissement de l'actuelle "terrasse de Saint Julien". Les apports bibliographiques devront pouvoir apporter une réponse aux motivations qui ont conduit à cette modification. La construction de la nouvelle première enceinte a libéré un espace étroit mais parfaitement plan à l'opposé de la surface très pentue qui se situe en contre-haut de l'enceinte démolie.

C'est également à cette époque qu'a été élevé le segment subsistant de la deuxième enceinte (extrémité Nord des tranchées T2 et T3). Un morceau de pichet décoré, découvert en T2 palier 6 sous la couche de mortier de chaux de construction de l'enceinte, daté du XIIIe siècle, atteste de la construction de cette partie d'enceinte à cette époque. La présence en grande quantité de tessons de céramique et plus particulièrement de céramique réductrice témoigne du remaniement de ce secteur.

Il convient de noter la présence du rocher dans un plan quasi vertical à l'arrière du mur d'enceinte et sur près des deux tiers de sa hauteur. Rien n'indique actuellement si cette portion d'enceinte subsistante est venue remplacer une autre enceinte, se plaquer contre celle-ci ou améliorer le système défensif en lieu et place d'une paroi rocheuse.

La disparition récente de l'autre segment de cette seconde enceinte évoquée au paragraphe B (page 3) nous prive d'une information capitale sur le module de ses pierres et sur ses dispositions constructives comme la présence de trous de boulins. Il convient d'ailleurs de noter que le segment subsistant n'en comporte aucun. Il apparaît sûr que le segment disparu a été édifié avant le XIVe siècle si l'on en juge à la différence des maçonneries visibles sur une carte postale du début du siècle. De plus la "faiblesse" de sa composition a probablement dû le rendre plus vulnérable à l'abattage.

Il convient de rappeler que la tranchée T2 a livré à son extrémité Nord un aménagement du rocher contenant un mur épais de pierres sèches (US 2240) dont l'orientation semble lui donner une direction perpendiculaire au mur d'enceinte disparu. A cette observation s'ajoute celle relative à la couche de mortier de construction de l'enceinte subsistante : en effet celle-ci s'étend au pied du mur d'enceinte conservé et vient "buter" contre le mur 2240. ceci conduit à deux hypothèses :

-soit la structure 2240 était déjà arasée à la date de construction de l'enceinte actuelle; dans ce cas, elle correspondrait à une occupation plus ancienne de ce secteur;

-soit elle a été arasée à l'occasion des travaux pour livrer une aire "dégagée" entre la première et la deuxième enceinte.

Enfin il ne faudrait pas non plus exclure la possibilité d'être en présence d'une structure en relation directe avec le mur d'enceinte disparu (retour de l'enceinte en équerre) et qui aurait été modifiée pour rejoindre la deuxième hypothèse. Etant donné que le rocher de fond de fouille est nivelé, il n'est pas possible de connaître le mode d'occupation de l'aire située sous l'enceinte existante à cause de l'absence d'indices sous la couche de construction. Cependant le percement de trous rectangulaires, à intervalles réguliers, dans l'enceinte a servi à l'ancrage d'une charpente en bois située au dessus de l'aire nivelée -ou supposée comme telle. En effet, la seule largeur de la tranchée ne permet pas d'affirmer que le rocher a été travaillé sur toute la largeur du mur d'enceinte. Il pourrait sûrement s'agir d'une réoccupation induite par la présence du remblai nivelé (US 2260) pour bénéficier d'une plate-forme plus spacieuse que la seule aire délimitée par le rocher horizontal. La présence d'une grande quantité de tuiles creuses cassées à l'extrémité de la tranchée et en rive gauche, contre le mur 2240, pourrait alors provenir de la toiture en appentis.

Un cheminement a été mis en évidence dans la tranchée T1, vraisemblablement issu du chemin actuel d'accès au château et semble se diriger parallèlement au segment de mur d'enceinte disparu vers la tranchée T2. Il se pourrait qu'il change de direction en s'orientant au Sud puis à l'Est pour traverser la tranchée T2. En effet, la surface étroite horizontale reconnue sous la couche d'incendie 2270 pourrait correspondre à un cheminement. Enfin, c'est lui qui pourrait aboutir dans la tranchée T3. La présence d'un chemin venant partitionner l'aire étudiée est aussi confirmée par la nécessité de pouvoir se déplacer dans un relief pentu.

D'autres aménagements ou indices d'occupation du site n'ont pu être clairement identifiés dans les seules tranchées :

-la couche d'incendie 2270 située au dessus du remblaiement 2290 qui recouvre ce qui peut correspondre au chemin.

-l'important éboulis du Sud de la tranchée T3.

Enfin, le "système" hydraulique découvert aux deux extrémités de l'aire de fouille témoigne du souci de récupération des eaux superficielles de ruissellement. En effet la fontaine sommairement équarrie en rive de la surface de circulation (T1) et la rigole creusée dans le rocher mal nivelé (en T3) sont des témoignages d'une occupation agricole du site. Pour l'instant, aucun indice ne permet de dater ces aménagements qui pourraient correspondre à la dernière phase d'occupation avant le remblaiement général et la mise en culture. Il se pourrait d'ailleurs que ces aménagements soient contemporains de la création de toiture en appentis, adossée à la deuxième enceinte.

A cet égard, l'abandon du site castral en tant que forteresse militaire s'est progressivement fait à partir de la moitié du XVIIIe siècle pour laisser la place à une occupation plus rurale, développant les activités agricoles vivrières. A ceci s'ajoute le démantèlement du château à la Révolution qui contribua au partitionnement du site et à une réoccupation résolument tournée vers la petite production agricole et l'élevage.

Voir les croquis de l'implantation de l'enceinte primitive. (Cliquez sur Précédent pour revenir au texte)

 

F. LES ORIENTATIONS DE RECHERCHE

Les résultats obtenus par la fouille donnent une approche nouvelle des différentes phases d'extension du château vers le Sud en livrant notamment une enceinte primitive et des aires de circulation.

La prochaine étape décisive devrait être la reconnaissance totale du cheminement qui partitionne la zone étudiée. La liaison de ce cheminement avec l'accès au château, son interférence avec le segment d'enceinte disparu sont capitaux pour comprendre l'organisation de ce secteur. De plus, il n'est pas à exclure la mise en évidence d'un système de porte supplémentaire ou de barbacane se trouvant à l'extrémité du cheminement, juste sous la ferme reconstruite.

Ceci suppose également le dégagement complet de la fondation du mur d'enceinte disparu au Nord pour en permettre sa restitution dans les meilleurs délais. Ces travaux sont d'ailleurs d'autant plus urgents que l'accès au site de Rochebaron se fait en surplomb de la zone étudiée dans des conditions de sécurité à améliorer.

Enfin l'enceinte primitive mériterait d'être totalement restituée sur ses premières assises pour obtenir une lecture franche de l'évolution des fortifications. A cette occasion, le muret de pierres sèches, devenu inutile pour le soutien des terres, pourrait être supprimé. Cette opération permettrait de tirer parti de l'enceinte ancienne dans le cadre de l'aménagement de l'espace scénique projeté.

 

C. HOMBERT-BRUYÈRE