RECONSTRUCTION D'UN BATIMENT DE FERME
AU CHATEAU MEDIEVAL DE ROCHEBARON
A BAS EN BASSET EN HAUTE-LOIRE
Traitement de
l'accès arrière de la ferme
et mise en évidence du chemin d'accès au château
Christian HOMBERT - BRUYERE
Sauvetage n° 93 - 70 AH
1 - INTRODUCTION
La campagne de dégagement de la façade arrière de la ferme, terminée en 1992, avait permis de mettre en évidence une surface de circulation taillée dans le rocher, d'une largeur d'environ 1.40 m. et parallèle à la façade arrière de la ferme.
Ce cheminement, complété à son extrémité Est par un emmarchement aménagé dans le rocher, semblait conduire à la voie principale d'accès au Château.
L'important volume de terrassement, réalisé à la main, qui avait été rendu nécessaire pour la mise à jour du passage piétonnier avait entraîné l'instabilité générale du terrain situé en contre-haut de la ferme. Ainsi une intervention complémentaire de dégagement s'avérait indispensable pour stopper les continuelles chutes de matériaux à l'arrière de la ferme et sur la terrasse Est également dégagée en 1992.
2 - LE TRAITEMENT DE LA ZONE
L'aire concernée par ces différentes investigations se situant sur la voie d'accès supposée du Château, des précautions particulières de reconnaissance ont dû être prises avant le décaissement de la zone concernée.
2-1 - Mise en place de deux tranchées de sondage
En considérant que l'hypothèse consistant à admettre que l'emmarchement issu du passage piétonnier débouche en principe sur un chemin pouvant se confondre avec l'accès au Château, est plausible, la mise en place de deux sondages s'est avérée nécessaire.
Ces deux sondages ont donc été positionnés sur un axe Ouest - Est à l'alignement du débouché de l'escalier. Ainsi en trois points différents mais alignés la mise en évidence du chemin d'accès était rendue possible.
La zone concernée, du moins pour sa partie supérieure, est constituée de matériaux de déblais issus des parties supérieures du Château (Années 80).
2-2 - Interprétation des sondages et résultats
La caractéristique principale de la zone traitée est l'abondance du matériau de déblai que ce soit du moellon de pierre (en provenance de superstructures) ou que ce soit de la pierraille graveleuse mélangée à de la terre humifère.
Les deux tranchées ont livré des compositions identiques quant à la nature de leur remplissage : trois couches archéologiques ont été mise en évidence au-dessus du substratum rocheux et suivent parfaitement le pendage naturel du rocher.
* La couche d'éboulis, composée de pierraille de gros module mélangée à des gravats et à de la terre noire occupe le dessus du sondage sur une épaisseur minimale de 0.50 m jusqu'à près d'un mètre à l'extrémité Nord des tranchées.
* Une couche de remblai composée de mortier de chaux jaune et de pierres plus ou moins moellonnées d'une épaisseur variable de 0.25 m à 0.30 m.
* La couche de contact avec le substratum rocheux composée de pierraille et de terre graveleuse sur une épaisseur moyenne d'une trentaine de centimètres.
Le substratum rocheux est quant à lui contenu dans un plan quasi horizontal, dans les deux fonds de tranchée, sur une largeur supérieure à 1.20 m. La largeur précise n'a pu être obtenue à cause de la nécessité de maintenir un accès piéton au Château, empêchant ainsi de poursuivre les investigations jusqu'au mur de l'enceinte contenant la porte d'entrée du Château. D'autre part, ces premiers résultats ont été obtenus en fin de campagne.
Dans la zone n° 1, à la limite Est du déblai en place, quatre pierres semblent être organisées dans un plan horizontal pour former un pseudo-emmarchement (type pas d'âne) avec le rocher en place. Cette hypothèse devra être vérifiée pour orienter la méthode de dégagement du déblai.
La couche de chaux jaunâtre, mélangée à de la pierraille et à des pierres moellonnées de différents modules, provient vraisemblablement d'une démolition dont les gravats auraient pu être écartés à cet endroit pour améliorer l'accès au Château après sa réoccupation post-révolutionnaire.
Cependant une hypothèse ne doit pas être exclue : il pourrait aussi s'agir de l'abattage de la troisième enceinte, située au-dessus de la zone concernée, avec régalage des matériaux sur place après prélèvement des pierres réutilisables pour la construction.
Enfin, il pourrait s'agir d'une zone de dépôt de matériaux déblayés (possibilité peu plausible) compte tenu de la présence d'un accès.
2-3 - Le dégagement des déblais dominant la ferme
L'important volume de matériaux à sortir (à la main) n'a pas permis que cette intervention^oit menée à son terme.
Cependant, la certitude est maintenant acquise que l'emmarchement assurant la liaison entre cette zone et le passage piétonnier débouche bel et bien sur une surface aménagée dans le rocher, juste au droit de l'accès au Château.
Il est également acquis que la différence de niveau (environ 2.00 m) entre cette zone et le porche d'accès au Château crée un événement nouveau : l'entrée au Château ne pouvait se faire de plain-pied avec le chemin d'accès.
Cette hypothèse est à vérifier par le dégagement du remblai apporté dans les années 80 et qui a complètement modifié la perception des abords de la porte d'entrée.
Il se pourrait également que ce soient des travaux tardifs, entrepris à l'intérieur du Château, qui conduisent à l'actuelle différence de niveau.
3-LE MOBILIER
3-1 - Objets trouvés dans les sondages et de dégagement Est
3-1-1. - Objets métalliques
* 2 pièces en alliage de cuivre d 30 mm et d 20 mm.
* 2 piécettes d 14 mm et d 13 mm dont l'une en alliage de cuivre et l'autre en argent.
Ces pièces ont été découvertes à même le remblai et doivent vraisemblablement provenir des parties supérieures du Château.
* Plusieurs clous forgés en fer, trouvés dans la couche de contact du rocher.
3-1-2 - Objets non métalliques
a) La céramique :
Elle est soit à pâte noire grossière (ou rousse) à cuisson réductrice (située essentiellement dans la couche de contact du rocher) soit à pâte rouge, revêtue d'un engobe à oxyde sur au moins une face. Qu'il s'agisse de morceau de panses, de lèvres ou de fragments d'anses, elle possède des caractéristiques identiques à celle fréquemment rencontrée sur ce site.
L'hétérogénité des tessons interdit toute tentative d'asssemblage.
b) Les fragments de tuile :
II s'agit essentiellement de trois morceaux de rebord de "tégulae" et ne comportant pas de signe quelconque d'identification.
c) Les ossements :
Quelques fragments d'épiphyse et de diaphyse (de bonnes dimensions), une vertèbre, ainsi qu'une dent d'équidé constituent l'essentiel du gisement".
Hormis les morceaux de céramique extraits de la couche de contact avec le rocher, l'essentiel du mobilier extrait provient de la couche de déblais ancienne, issue des parties supérieures du Château.
4 - LA ZONE EN CONTRE-HA UT DE LA FERME
4-1 - Description générale
Cette zone est délimitée au Nord par la troisième enceinte, à l'Est par le chemin d'accès au Château, au Sud par le rocher taillé qui surplombe le chemin piétonnier et à l'Ouest par 1 affleurement du rocher (à l'alignement approximatif du pignon de la ferme).
Il s'agit essentiellement d'une zone de dépôt de remblais issus des parties supérieures du Château et déversés à travers une sape de la troisième enceinte.
Ce sol instable et caverneux comporte de nombreuses pierres, mêlées à du remblai et à de la terre noire. Sa texture n'en permet pas une étude stratigraphique intéressante.
4-2 - Résultats
Le dégagement du remblai, réalisé jusqu'à près de 2.00 m de l'enceinte, a livré des tessons de céramique et des débris d'os identiques à ceux décrits au 3-1-2. Ceux-ci proviennent d'autres parties du Château et ne peuvent concourir à une meilleure connaissance des couches archéologiques rencontrées.
Par contre, il est mis en évidence que le substratum rocheux a été taillé de manière à former un "replat" pseudo-horizontal, au débouché de l'accès supposé au Château.
Ce "replat" présente même un dévers en direction de l'enceinte ; cette configuration (si elle est vérifiée) contribue peut-être à l'orientation des eaux de ruissellement en direction du chemin d'accès, afin qu'elles ne se déversent pas directement à l'arrière de la ferme.
Le résultat immédiat, et pas le moindre, est sans doute la mise en évidence d'une différence de niveau apparente (environ 2.00 m) entre le seuil de la porte d'entrée du Château) et l'accès supposé.
Ceci signifie donc qu'un dispositif fixe ou amovible est nécessaire pour permettre l'accès au Château.
5-CONCLUSION
La campagne de début de dégagement de la zone située en contre-haut de la ferme ainsi que la partie surplombant la terrasse Est a permis de mieux comprendre la relation entre les différentes fonctions en place : terrasse Est, accès supposé, liaison avec le chemin piétonnier, porte d'accès au Château.
Ces travaux préparatoires, bien que perturbés par les importants épisodes pluvieux qui ont succédé au chantier, vont permettre la poursuite de la mise en valeur de l'environnement immédiat de la ferme.
Ainsi, à terme, l'accès primitif au Château pourra être restitué.
Christian HOMBERT
Novembre 1993