MINISTRE DE LA CULTURE
CIRCONSCRIPTION DES ANTIQUITES PRÉHISTORIQUES
ET HISTORIQUES D'AUVERGNE


Département de la Haute-Loire
Commune de BAS-en-BASSET
Château de ROCHEBARON
Sondage n° 90.39 AH - Août 90

Christian HOMBERT

SOMMAIRE
Description générale du sondage
Le pavage
La couche de blocage du pavage
La couche n° 10
La couche n° 20
La couche n° 30
La couche n° 40
Conclusion
Annexes cartographiques et photographiques

Document édité en P.A.O. grâce à la collaboration de Madame Gisèle JOUBERT.

Le Château de ROCHEBARON (XI - XVIème siècle) constituait un important verrou militaire entre les provinces du VELAY et du FOREZ. Le fort développement touristique du département de la Haute-Loire a conduit le responsable de l'association de sauvegarde du Château (amis de ROCHEBARON) à envisager la création d'une structure d'accueil du public visitant la forteresse.

Un bâtiment de ferme, constitué en fait par '3 fermettes" accolées et indépendantes, offre une surface intéressante à exploiter et le bon état de conservation des superstructures jusqu'au niveau du premier étage en fait un atout pour la création de ce bâtiment d'accueil.

Le dégagement des éboulis remplissant les trois fermettes a été exécuté au cours de l'été 1990.



DESCRIPTION GÉNÉRALE DU SONDAGE

Le bâtiment comprenant les volumes numérotés 1, 2 et 3 à une orientation sensiblement d'axe Est-Ouest (voir plan de situation).

Le sondage a été effectué dans l'angle Est- Sud-Est du volume n° 1 délimité par le mur de façade avant le mur de refend mitoyen avec le volume n° 2. La hauteur de remblai sous le pavage en place semblait intéressante si l'on considérait que le rocher sous-jacent avait un pendage régulier comme le montre l'élévation de l'accès latéral au volume n° 1. En outre, le sondage aurait pu révéler des informations sur l'antériorité ou la postérité de construction du mur de refend par rapport au mur de façade. Cette relation n'a pu être établie en raison de la découverte d'une structure intéressante dans le sondage. Ce dernier a été exécuté sur 2 m2, à une profondeur moyenne de 0,70 m avant d'atteindre le substratum rocheux.



A - LE PAVAGE

Il est constitué de pierres de granit mal équarries dont le module de la face visible est inférieur à 100 X 150 mm. Des éléments de plus grande taille sont disséminés dans sa surface.

Deux trous de poteaux et une rigole perpendiculaire au mur de la façade qui devaient vraisemblablement servir d'exutoire aux urines des animaux logés dans ce volume, témoignent de l'occupation agricole du rez-de-chaussée et viennent créer une "animation" dans ce sol contemporain (cliché n°2).

Une portion du pavage, en particulier celle où a été implanté le sondage, présente une organisation rompant le rythme du reste du sol : des pierres de gros module (250 X 500 mm) pour l'essentiel taillées sur une ou plusieurs faces et provenant d'encadrements d'ouvertures du château (élément de jambage, secteur de voûte, etc ...) ont été réemployées dans ce pavage (cliché n°3).

B - LA COUCHE DE BLOPAGE DU PAVAGE

Elle est constituée de terre noire humifère à laquelle sont incorporés de nombreux éléments de pierre de petit module ainsi que de nombreux fragments de tuiles canal. Son épaisseur moyenne est d'environ 15 cm mais reste très variable

compte tenu de l'épaisseur aléatoire des pierres constituant le pavage.

1 : le matériel trouvé

Il est abondant et très hétéroclite.

a) le métal :

Une importante quantité de scories métalliques grises issues d'un travail de fonderie a été livrée par cette couche de blocage. La distribution de ces scories dans la surface du sondage ne permet pas de tirer de conclusion quant à une relation directe avec une utilisation antérieure du bâtiment.

Une étude cristallographique devrait permettre de préciser l'origine métallique du matériel ainsi que la température à laquelle il a été élevé. Une scorie de grande dimension (83 mm de longueur environ) présente une inclusion de charbon de bois d'un demi-centimètre carré de surface.

* un clou forgé plié à angle droit (développement 55 mm).

* un bouton constitué 2 parements fins emboutis, (l'un de cuivre, l'autre de fer) de 17 mm de diamètre et percé de 4 trous pour en permettre la couture.

* une scorie métallique de teinte jaunâtre et formant une sorte de trièdre dont deux cotés se joignent presque à angle droit (25 mm et 29 mm de longueur) et d'épaisseur moyenne 17 mm. Le troisième côté présente un plan de fracture proche d'une portion de cercle.

* une plaquette en fer très tourmentée (52 mm X 19 mm).

* une petite scorie jaunâtre.

* une plaquette en fer (21 mm X 14 mm).

* un élément de mécanisme ayant comporté deux parements en bois (dont l'un est encore très visible), constitué d'une partie plate (53 mm X 16 mm) traversée par un rivet en place, une queue de section carrée (4 X 4 mm) de 38 mm de longueur et se terminant par un aplatissement semi-tronconique (longueur 19 mm, diamètre à la base 9mm, diamètre à l'extrémité 6 mm).

Cet élément a une longueur totale de 110 mm.

b) les ossements

* un segment de diaphyse : section moyenne 12 mm X 12 mm. longueur 105 mm

* différents fragments d'os plats dont un de grande dimension : 84 mm X 35 mm hors tout.

* une extrémité de diaphyse et son épiphyse : section moyenne 13 mm X 12 mm, longueur 30 mm.

Sa coloration brun sombre ne permet pas de l'apparenter au segment de diaphyse précédemment décrit et de teinte ivoire.

* une calotte d'épihyse de surface approximative 42 mm x 38,5 mm et d'épaisseur variant de 6,5 mm à 7,5 mm.

c) la céramique :

Elle constitue un important volume et peut être classée en quatre principales familles :

a) éléments à pâte rouge brun comportant un engobe interne de teinte mastic brillant ponctué d'une importante pigmentation verte (cuivre) distribuée aléatoirement à la surface des éléments. Céramique régulière, contemporaine, vraisemblablement de fabrication locale tant ce mode d'exécution est très répandu dans le bassin de BAS-en-BASSET.

b) éléments à pâte rouge orangé brunie sur les parois externes et internes et comportant des traces de glaçure blanche ou verte brillante, sans décors en relief. Leur aspect rappelle celui de la famille "a".

c) éléments à pâte rouge orangé (cuisson oxydante) qui, comme les deux familles précédentes, sont d'origine locale. A noter la présence de deux segments d'anse dont l'un présente un fragment de raccord de panse.

d) plusieurs éléments de céramique à pâte noire (cuisson réductrice) mais comportant un parement interne et externe à pâte rouge orangé et même un engobe brillant de teinte marron, situé face interne, pour un élément. A contrario, quelques éléments ont une "âme" à pâte rouge brun avec les deux parements à cuisson réductrice.

d) matériaux divers :

Deux boulettes (de diamètres respectifs de 29 mm et 15 mm) d'enduit vraisemblablement à base de chaux blanche, naturelle.

C - LA COUCHE N° 10



D'épaisseur faible (environ 5 cm), cette couche située immédiatement sous la couche de blocage du pavage présente une forte compacité dans le quart Nord-Ouest du sondage ainsi que dans une surface restreinte proche du cercle positionnée au centre du sondage. Après un nettoyage soigné, il est apparu que cette dureté relative est due à la présence de mortier de chaux ayant servi à l'élévation du mur de fondation, ou à son arasement (voir coupe de principe). La teinte jaunâtre est la principale caractéristique de ce mortier.

Deux moellons de pierre, plats, présentant un pseudo-alignement sont mis au jour dans l'angle Est-Sud-Est du sondage.

L'interface de cette couche avec la couche de blocage du pavage n'a pas livré de mobilier.

1 : le matériel trouvé

Il est peu abondant.

a) les ossements :

* une dent d'origine animale (longueur 32 mm, largeur 15.5 mm et épaisseur de la couronne 9 mm),

* un secteur de calotte d'épiphyse,

* divers petits fragments osseux.

b) la céramique :

Elle se différencie très nettement de celle de la couche supérieure par une présence affirmée de tessons de céramique noire à cuisson réductrice.

* un segment de lèvre et son amorce de goulot dont le diamètre est estimé a 52 mm. Epaisseur de la lèvre : 6,5 mm,

* quelques tessons de céramique noire ou brune foncée à pâte grossière.

c) matériaux divers :

* un petit morceau de scorie métallique,

* un petit morceau, sans densité, de crasse noire issue d'une scorie.

D - LA COUCHE N° 20



Cette couche est composée de terre graveleuse homogène non humifère à laquelle sont incorporés des éléments de pierre de petit module, très éparpillés, comprend peu de mobilier. Quelques pierres de gros module ainsi qu'un élément (brique) de terre cuite rouge semblant présenter une organisation sommaire apparaissent dès les premiers raclages, dans l'angle Est-Sud-Est du sondage.

Après décapage complet, cette couche a livré un caniveau (cliché n°4) bâti dont la joue latérale Ouest est constituée de pierres et de briques disposées alternativement et dans un plan régulier.

D'une section voisine de 120 cm2, ce caniveau était recouvert de pierres plates formant couvercle ; son orientation est sensiblement parallèle à celle du mur de refend bordant le sondage à l'Est.

Ce caniveau, issu d'une cave semi troglodyte, contenu dans le bâtiment débouche sur l'extérieur, à travers le mur de la façade sous une pierre formant linteau (cliché n°4).

1 : hypothèse

La présence de ce caniveau peut s'expliquer à la suite d'un examen minutieux des dispositions constructives adoptées lors de la construction du bâtiment ou du réemploi de toute ou partie de structures préexistantes.

Un brossage soigné du rocher, servant à la fois d'appui à la façade arrière et de mur arrière (Nord) de délimitation de la cave, laisse apparaître une rigole pratiquée à la base du mur d'élévation de cette même façade arrière cette rigole comportant certaines ramifications descend verticalement le long du rocher lorsqu'elle vient "intercepter" le mur de refend et se "perd" dans le sol en place de la cave. Son orientation (parallèle au mur de la façade arrière) laisse à penser qu'elle permettait le drainage de ce mur en entraînant les eaux de ruissellement véhiculées par le rocher dans le caniveau découvert dans le sondage.

Cette disposition technique devrait certainement permettre d'intercepter les eaux de ruissellement sur le rocher après qu'elles aient traversé la base du mur, en évitant ainsi d'importantes et néfastes remontées telluriques mais aussi d'empêcher des venues d'eau parasite dans la cave.

L'angle Nord-Ouest du sondage est quant à lui peu homogène et a livré une pierraille de petit module, non compactée et comportant d'importants vides interstitiels. Quelques petits éléments de charbon de bois de taille inexploitable étaient mêlés à cette pierraille.

2 : le matériel trouvé

a) les ossements :

* des éclats de différentes tailles d'os longs ou plats,

* un morceau de mandibule d'équidé (,) comportant deux dents (section 24mm X 23 mm la dent).

b) la céramique :

II s'agit exclusivement de tessons à cuisson réductrice, d'épaisseur variable et constitués de pâte grossière non homogène (inclusion de grains de granit). Ces tessons n'offrent pas d'autre information particulière à l'exception d'une référence possible à la période médiévale.

A remarquer, un fragment de fond de récipient à pâte brun-rouge et parement intérieur noir témoignant d'une modification du régime de la cuisson. Quelques inclusions de grains de granit viennent ponctuer la pâte.

c) matériaux divers :

* 2 petits modules de scorie telle que décrite au B-l-b-a,

* une boulette de chaux naturelle (54 mm X 42 mm X 25 mm).

C - LA COUCHE N° 30



Cette couche est composée de pierraille de petit module mêlée à de la terre graveleuse compacte. Cette pierraille est représentée dans l'angle Est-Nord-Est du sondage et comporte un important indice de vide. C'est d'ailleurs à cet emplacement qu'est apparu le substratum rocheux (cliché n°5).

Le matériel céramique est peu abondant mais les tessons sont de taille importante alors qu'une grande quantité d'os a été livrée par cette couche.

1 : le matériel trouvé

a/ la céramique :

Pour l'essentiel, de nombreux petits tessons à cuisson réductrice constituent le mobilier découvert. A noter un gros élément à pâte grossière dont seule l'épiderme est noire avec une sous-face rougeâtre. Cet élément, haut de 50 mm, large de 90,5 mm et épais de 9 mm comporte un départ de poignée de préhension laissant penser que nous sommes en présence d'un gros fragment de bord d'écuelle.

* un bord d'assiette (?) ou de récipient de grand diamètre à pâte brune. Epaisseur de la lèvre : 7,5 mm. Largeur : 19 mm. Cette lèvre forme un angle d'environ 30 degrés avec le plan horizontal et comporte un bord arrondi,

* un fragment triangulaire de céramique présentant un décor à la molette ou au poinçon (base24 mm. hauteur 38,5 mm. épaisseur 5,5 mm),

* un tesson à pâte granuleuse rosée (18 mm X 25 mm X 3,5 m) présente un engobe brun clair sur sa face interne.

b) les ossements :

* de nombreux fragments d'os difficilement indentifiables pour plupart d'entre eux (éclats de diaphyses ou de cotes, morceaux d'épiphyses, etc ...),

*4 dents dont une de porc. Une des dents semble être une molaire humaine.

2 : le dégagement de la face interne du mur de fondation de la façade du bâtiment a permis le prélèvement d'une portion de mortier de chaux dont l'analyse physico-chimique devrait permettre une approche de datation de l'élévation de ce mur de fondation.

D - LA COUCHE N° 40



Sa composition et sa structure sont les mêmes que la couche 30 précédemment décrite. Comme elle, elle contient une grande quantité d'os ainsi que de nombreux tessons de céramique noire à cuisson réductrice.

1 : le matériel trouvé

a) la céramique :

Elle est à cuisson réductrice et à pâte identique à celle précédemment décrite. La taille des tessons est nettement supérieure à celle qui a pu être rencontrée depuis le début du sondage. Les éléments ont des dimensions de l'ordre de 30 mm X 30 mm. A noter la présence d'un départ d'anse de 78 mm de longueur, 42 mm de largeur et 8 mm d'épaisseur.

Cette anse comporte un bourrelet dissymétrique par rapport à son axe vertical.

. section du bourrelet à gauche : 11 mm X 11 mm,

. section du bourrelet à droite : 15 mm X 12 mm.

La courbure et la torsion (sens positif trigonométrie) du départ d'anse comportant d'ailleurs un méplat partiel (surface de contact avec le récipient) excluent que l'on soit en présence d'une anse classique.

b) les ossements :

Le volume est conséquent mais est composé de nombreux et importants éclats dos (cote, épiphyses dont l'une percée naturellement d'un trou circulaire de 8 mm de diamètre, diaphyses, etc ...).

* une dent s'apparentant à celles décrites au 2-d-a,

* un os plat fracturé de grandes dimensions : longueur entre fractures : 164 mm, hauteur maximale : 69 mm, épaisseur variant de 3 mm à 30 mm.

Cet os comprend une cavité d'articulation (épaisseur   30 mm) de diamètre approximatif 45 mm, ouverte sur l'extérieur. La profondeur de la cavité est d'environ 21mm.

c) matériaux divers :

* un morceau de charbon de bois,

* une scorie identique à celles décrites au B-l-b-a.

La découverte du substratum rocheux dans l'emprise complète du sondage a entraîné l'arrêt des investigations.


CONCLUSION

Le sondage pratiqué apporte d'intéressantes informations sur la chronologie d'occupation du site ainsi que sur les dispositions techniques mises en oeuvre lors de l'élévation du volume n° 1.

Ainsi le matériel trouvé dans les couches 30 et 40, notamment la céramique noire à cuisson réductrice, témoigne d'une occupation datant de l'époque médiévale.

Cependant la texture de la couche 30 (pierraille à fort indice de vide) et la découverte d'une scorie métallique dans la couche 40, telle que définie dans la couche de blocage du pavage ne permettent pas de conclure que nous ne sommes pas en présence d'un sol perturbé.

En effet, la mise en place du caniveau tardif et la construction du mur de fondation de la façade (pour lequel il n'est pas encore possible d'en déterminer l'âge) ont fortement perturbé l'épaisseur du dépôt archéologique.

Il est à noter que le cheminement extérieur du bâtiment a dû subir un exhaussement compte tenu que le radier du caniveau n'est pas débouchant. Il est également possible que ce caniveau se prolonge à l'extérieur du bâtiment, dans l'épaisseur du plan de circulation.

Le fort pendage du rocher mis à jour en fin de sondage, l'exiguïté de ce dernier et l'absence marquée de différenciation fondamentale entre les différentes couches ainsi que leur interpénétration au droit du mur de fondation, rendent difficile, voire impossible l'assignation d'une date ou d'une durée d'occupation du bâtiment.

En conclusion, des hypothèses confirmées par le mobilier trouvé permettent d'admettre que le bâtiment considéré a fait l'objet d'une reconstruction partielle (partie semi-troglodyte existante vraisemblablement très ancienne) sur un site déjà occupé à l'époque médiévale, entre les deux dernières enceintes du château. D'ailleurs le réemploi visible en élévation d'éléments provenant du castel situe la construction des fermettes postérieurement au démantèlement de la forteresse.

Par contre, il est proposé comme prolongement du sondage de s'intéresser aux parties de bâtiment taillées dans le rocher (notamment volume n°2) afin d'y relever d'éventuelles traces soit de construction antérieure assisée sur le socle cristallin soit d'empreintes liées à une architecture de bois (trous de poteaux notamment).

Christian HOMBERT

Juin 1991.